Retour en France et premier bilan

mars 25th, 2010

Mon séjour prenant fin le 8 mars, j’ai regagné la France, Paris, Lyon, Grenoble, où il a fallu me réadapter à la vie européenne… Immergée pendant cinq semaines dans un rythme de vie égyptien, j’ai pu prendre le pouls de la culture orientale, découvrir des habitudes culturelles et sociales tout à fait différentes de la mode européenne.

C’est un bilan humain particulièrement positif que je dresse aujourd’hui car les rencontres que j’ai faites tout au long de ce séjour ont été très riches, qui m’ont permis d’aboutir à des découvertes profitables à mon travail de recherche.

Je vais, pendant l’année à venir, lire et analyser l’ensemble des documents que j’ai rapportés. En photographiant en mode macro les pages intéressantes des ouvrages, et particulièrement des périodiques, j’ai réussi à constituer une banque de données de plusieurs milliers de pages – qui ont l’avantage de se stoker facilement sur mon ordinateur, sans utiliser de papiers à outrance. A l’issue de cette analyse, je pourrai dresser un bilan des sources manquantes dans le but de les trouver, lors d’un prochain séjour au Caire.

C’est donc dans la perspective de retourner en Égypte que je travaille aujourd’hui. Je prévois notamment, lors de mon second séjour, de me rendre à Alexandrie – où je n’ai pu aller cette année – pour travailler avec une professeur de littérature comparée spécialiste de Jehan d’Ivray, mais également de me rendre au CEALEX qui travaille activement à la numérisation de la presse francophone d’Égypte.

Inch’allah’ !

Dernière journée au Caire

mars 7th, 2010

Mon séjour prend fin dans quelques heures. Mais cette dernière journée a encore été l’occasion de travailler : j’ai rencontré ce matin une professeure de littérature comparée de l’université du Caire, qui est elle-même une féministe (elle fut la rédactrice en chef d’un magazine arabe féministe traitant de sciences humaines et de littérature). Il est dommage que je n’aie pu la connaître qu’en cette toute fin de séjour car elle m’a été de grands conseils. Elle m’a notamment donné les coordonnées de plusieurs professeurs qui ont travaillé sur les périodiques francophones égyptiens, ou qui sont en contact avec le Centre d’Etudes Alexandrines qui exploitent une partie des revues que j’étudie. Voilà qui donne des raisons supplémentaires pour envisager revenir l’an prochain pour travailler avec ces personnes !

Je viens d’achever de faire mes valises et de les peser pour équilibrer au mieux les livres que j’ai achetés dans les librairies ou chez les bouquinistes…

Enfin, ce soir, je profite de ma dernière soirée pour aller voir un spectacle de chants égyptiens dans le Caire Islamique, avec une collègue de l’université d’Helwan. Après une courte nuit de sommeil, je m’envolerai pour la France : mon avion décolle à 9h demain matin.

Pyramides de Guizeh

mars 5th, 2010

Je ne pouvais revenir en France sans avoir vu les Pyramides de Guizeh et le Sphinx : voici chose faite !

Mykérinos, Khéphren, Khéops

La première impression est celle ressentie en apercevant les pyramides, alors que j’étais encore dans le taxi, en pleine ville. Elles sont très près des habitations, qui se sont étendues avec la croissance démographique. On n’imagine pas voir ces géantes depuis les grandes artères de la ville.

Il n’y a rien à écrire sinon le sentiment d’immensité qui m’a envahie lorsque j’ai été devant ces pyramides, que tant de touristes ont vu depuis des centaines d’années : j’ai repensé aux photographies noir et blanc d’époque que des expositions exposent parfois, montrant des écrivains célèbres venus faire la visite en chameau des pyramides… j’ai repensé aussi aux passages de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem dans lesquels Chateaubriand cite Bossuet pour le contredire et affirmer le sentiment d’admiration pour le peuple égyptien ayant élevé ces tombeaux gigantesques :

« Mais quelque effort que fassent les hommes, dit Bossuet, leur néant paraît partout : ces pyramides étaient des tombeaux ! encore les rois qui les ont bâties n’ont-ils pas eu le pouvoir d’y être inhumés, et ils n’ont pas joui de leur sépulcre. » J’avoue pourtant qu’au premier aspect des Pyramides, je n’ai senti que de l’admiration. Je sais que la philosophie peut gémir ou sourire en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau; mais pourquoi ne voir dans la pyramide de Chéops qu’un amas de pierres et un squelette ? Ce n’est point par le sentiment de son néant que l’homme a élevé un tel sépulcre, c’est par l’instinct de son immortalité : ce sépulcre n’est point la borne qui annonce la fin d’une carrière d’un jour, c’est la borne qui marque l’entrée d’une vie sans terme ; c’est une espèce de porte éternelle bâtie sur les confins de l’éternité.

En effet, quel sentiment d’éternité et d’immensité quand on compare notre petitesse à la grandeur de cet édifice construit par l’homme, et dernière des Sept merveilles du monde antique encore visible aujourd’hui.

En revanche, le Sphinx est relativement décevant : les diverses publicités (opticiennes !) l’ont tellement montré sous tous ses angles que l’on s’attend à une sculpture très grande. En réalité, il l’est beaucoup moins que les pyramides, et l’on ne peut l’approcher de très près à cause des grilles de protection.

Collection privée de Gabriel Boctor, fondateur d’Images

mars 4th, 2010

J’ai rencontré le fils de Gabriel Boctor, fondateur de la revue Images : il m’a reçue chez lui avec beaucoup de sympathie, non seulement pour m’expliquer les conditions de création de la revue par son père, mais aussi pour me donner accès aux ouvrages formant la bibliothèque familiale.

Ainsi, m’a-t-il appris que la revue Images s’est inspirée d’El Mussawar (مصور) qui signifie « le photographe » en langue arabe), un journal publié à la même époque en arabe, qui avait la particularité de présenter l’actualité par le recours à la photographie. Les créateurs d’Images désiraient faire un « Mussawar » égyptien francophone.

J’ai retrouvé un numéro de cette revue arabe, datant de la mort de Sadaat : même si ce numéro est bien postérieur aux années de création d’Images, on comprend l’importance de la photographie dans la charte éditoriale. Sur un site internet, on voit une couverture plus ancienne, du journal arabe, consacrée à Saad Zaghloul.

Le fils de Gabriel Boctor m’a également donné accès à la bibliothèque de son père : on y trouve une grande majorité des numéros de la revue Images (des années 1951 à 1969), ainsi que des ouvrages (parfois dédicacés) d’Amy Kher, Ahmed Rassim, Doria Shafik, Nelly Vaucher-Zananiri, Marie Cavadia, René Guénon, Jérôme et Jean Tharaud… c’est-à-dire de tout ce monde intellectuel et artistique qui constitue le soubassement de mes recherches. Je n’ai pas eu le temps nécessaire pour consulter tous les ouvrages, mais j’ai établi une liste de ceux qui m’intéressent, que j’espère pouvoir lire lors de mon prochain séjour au Caire, إِن شَاء اللّٰه Inch’allah !

http://www.flickr.com/photos/96884693@N00/3528120409/

Cimetière de l’Imam el Leissi

mars 3rd, 2010

Je suis partie cet après-midi sur les traces de Valentine de Saint-Point : par un article de presse paru à sa mort, on sait qu’elle est enterrée dans le cimetière musulman de l’Imam El Leissi, tout proche de l’Imam el Chaffei. Avec ces seules vagues indications, il a été impossible de trouver la tombe car le cimetière est un lieu très vaste. L’espace qui sépare les tombes n’est pas un simple chemin, mais de véritables rues que les automobilistes empruntent pour échapper à la circulation des grands axes de la ville.

Accompagnée d’un des chercheurs de l’IDEO et d’un égyptien qui connaît bien les lieux, j’ai découvert un monde à part où des familles entières, pauvres, vivent parmi les enclos mortuaires et côtoient les morts dont ils gardent les tombes.

Si je n’ai pu trouver la tombe de Valentine de Saint-Point, j’ai tout de même pris connaissance de la particularité de ces lieux. Il serait intéressant, avec des informations complémentaires donnant le lieu exacte de la sépulture, de revenir lors de mon prochain séjour de recherche, et de me rendre au secteur du ministère de la santé qui gère en Égypte les enregistrements des enterrements.

L’Université Américaine du Caire et la librairie Rare Books

mars 2nd, 2010

Je suis partie ce matin pour une journée complète à l’Université Américaine du Caire qui se situe à présent dans le « New Cairo », la ville nouvelle construite dans le désert pour désengorger la ville du Caire. J’ai longtemps hésité avant d’y aller car cela représente un investissement de temps (une journée complète), et d’argent : pour y aller, il faut prendre un bus spécial qui part du centre ville.

La journée commençait justement très mal puisqu’arrivée au centre ville, il me fut difficile de trouver où acheter le ticket – les gardes de l’ancien campus censés m’expliquer comment procéder étaient incapables de me donner une explication claire de l’endroit où me rendre. Ils ont fini par capituler en me faisant monter dans le bus et en me disant d’acheter le billet à mon arrivée !

Prenant place dans le bus, un peu énervée par ce problème de communication, je regrettais d’avoir décidé de me rendre à ce campus à l’autre bout du monde, pour subir de tels inconvénients. Pourtant, quelle incroyable rencontre ai-je faite ! Une dame qui s’était installée à côté de moi dans le bus passait des appels de son téléphone portable et je remarquai qu’elle parlait tantôt anglais, tantôt arabe, parfois français. J’engageai alors la conversation en lui expliquant que j’étais une doctorante française, faisant une thèse sur les femmes égyptiennes francophones… Cela l’intéressa particulièrement : elle était justement en train de lire un ouvrage de Robert Solé sur la passion française de l’Égypte. Mais le plus incroyable restait à venir : elle connaissait certaines femmes que j’étudie, et pour cause, elle est la fille de Doria Shafik !

Comment aurais-je pu un jour imaginer rencontrer la fille d’une des auteures de mon corpus de thèse, dans un bus qui mène à un campus à l’autre bout du Caire ? La fin du voyage fut plus agréable qu’il n’avait commencé : nous avons parlé de Doria Shafik, des études qui lui ont été consacrées, des poèmes inédits qui seront un jour publiés…

Cette dame, professeur de chimie à l’université du Caire, me donna ses coordonnées afin que nous puissions échanger sur le travail de sa mère, et les articles que je publierai un jour à ce sujet. Elle me permit en outre d’avoir un accès direct à la bibliothèque Rare Books, en contactant directement le doyen de l’endroit, lui exposant le sujet de mes recherches, me permettant ainsi d’éviter certaines formalités complexes pour accéder au service.

Au service « Rare Books », j’ai pu consulter un chariot entier de cartons d’archives d’Hoda Charaoui – certaines étant triées et classées, d’autres, pour la majorité, étant en vrac : des lettres, des brouillons, des discours, des numéros de l’Égyptienne… une véritable mine d’informations à condition d’avoir la patience de tout lire et trier. En une seule journée, j’ai pu prendre connaissance de la masse des archives pour comprendre d’où elles viennent et ce qu’elles concernent, sans entrer dans le détail des documents. Ce sera le travail de mon prochain séjour au Caire, car l’ensemble de ces papiers donnent des indications précieuses sur la vie d’Hoda Charaoui et ses relations intellectuelles et personnelles, qui permettraient de retracer une partie de sa biographie.

Quelques trouvailles ont déjà cependant stimulé mes recherches, dont le brouillon d’une lettre envoyée à Valentine de Saint-Point en 1924, c’est-à-dire l’année de son arrivée au Caire, témoignant de l’admiration d’Hoda pour le courage de Valentine en Égypte.

Dernière semaine

mars 1st, 2010

Ma dernière semaine de travail au Caire commence, et avec elle le compte à rebours et l’emploi du temps chargé pour achever tout ce que j’ai prévu de faire avant mon retour. Je dois rencontrer plusieurs professeurs encore : l’une, spécialiste de littérature francophone égyptienne et d’Andrée Chédid, l’autre, responsable du centre de Gender studies à l’université américaine du Caire.

Ce matin, j’ai terminé de travailler à la bibliothèque de la Sainte Famille : j’y ai notamment trouvé un exemplaire (introuvable en France) de Une Mort de Valentine de Saint-Point. J’en ai donc fait une copie intégrale afin de le lire à mon retour en France.

J’ai ensuite passé l’après-midi à Zamalek où je me suis rendue d’abord à la librairie Livres de France, implantée sur l’île depuis un an. On y trouve de nombreux ouvrages en français sur la culture islamique et sur l’Égypte. J’y ai acheté un recueil de nouvelles arabes traduites en français (une édition bilingue qui va me permettre de parfaire ma connaissance de la langue arabe, tout en lisant des nouvelles). A Zamalek, j’ai également rendu visite à l’ancienne journaliste qui m’a renseignée sur Out-el-Kouloub et Amy Kher : j’ai passé un agréable moment à parler de la vie au Caire.

Ce soir, je vais assister avec une amie égyptienne à un spectacle de derwiches tourneurs dans le Khan el Khalili.

Pluie, orage et grêle au Caire

février 26th, 2010

Hier, il a plu au Caire ! Après une vague de chaleur qui semblait annoncer l’été en Égypte, le temps a été nuageux toute la journée d’hier, et l’orage a éclaté en fin d’après-midi, jusqu’à grêler. J’ai dû rentrer à l’IDEO depuis la bibliothèque de la Sainte Famille à pieds sous la pluie, car aucun taxi ne circulait à cause des intempéries ! Arrivée trempée, j’ai mesuré la chance que j’avais eue de rentrer quelques minutes seulement après la grêle et l’orage, qui ont duré tard le soir, inondant les rues – aujourd’hui encore pleines de flaques qui empêchent par endroit la circulation – et certaines habitations.

Je n’aurais pas pensé voir une telle quantité d’eau tomber du ciel au Caire !

Concert de Oud

février 22nd, 2010

Voilà plusieurs jours que je suis malade : ici, et pour une occidentale peu habituée à la pollution du Caire, un rhume se transforme vite en bronchite, qui force à rester couchée. Mes recherches sont donc à l’arrêt provisoire jusqu’à rétablissement complet.

Cela dit, juste avant de tomber malade, j’ai pu profiter d’une animation qui se déroulait derrière le Khân el Khalili, le grand souk du Caire. Dans une ruelle du quartier d’el-Azhar se trouve une maison, que l’on appelle « Beit-el-Oud ». Il s’agit vraisemblablement d’une maison ancienne du vieux Caire islamique, qui devait être un harem, vu son architecture.

L’école de musique donnait un concert de oud, un instrument égyptien qui ressemble à une mandoline, et dont Out-el-Kouloub fait un élément important de son roman Le Coffret hindou. Il y avait également d’autres instruments dont je ne connais le nom. Ce fut une véritable immersion dans la culture locale.

Archives concernant Hoda Charaoui

février 20th, 2010

Grâce au petit-fils d’Hoda Charaoui que j’ai rencontré la semaine dernière, j’ai pu obtenir les coordonnées de la personne qui possède certaines des archives concernant la fondatrice de l’Union Féministe d’Égypte. Il s’agit du fils de celui qui fut à la fois son secrétaire et son fils spirituel, à qui elle confia le soin de rédiger ses mémoires après sa mort, lorsqu’il le jugerait opportun.

Le fils de cet ancien secrétaire est aujourd’hui antiquaire, comme l’était son père à partir de 1963, après avoir travaillé avec Hoda Charaoui. Il possède les brouillons des mémoires que son père commença à rédiger au début des années 1950. D’après son fils, sous les années Nasser, le secrétaire cessa son activité de rédaction, pour les reprendre ensuite sous Sadat, l’histoire de l’écriture de ces mémoires suivant ainsi les aléas de l’histoire politique égyptienne.

Finalement, ces mémoires furent publiés en plusieurs livraisons, dans le journal Rosal Youssef au début des années 1980. J’ai rendez-vous la semaine prochaine avec la fille du secrétaire (la sœur de la personne que j’ai rencontrée aujourd’hui) car elle possède encore des exemplaires du journal où furent publiés ces mémoires.