Archive for the ‘Valentine de Saint-Point’ Category

Cimetière de l’Imam el Leissi

Mercredi, mars 3rd, 2010

Je suis partie cet après-midi sur les traces de Valentine de Saint-Point : par un article de presse paru à sa mort, on sait qu’elle est enterrée dans le cimetière musulman de l’Imam El Leissi, tout proche de l’Imam el Chaffei. Avec ces seules vagues indications, il a été impossible de trouver la tombe car le cimetière est un lieu très vaste. L’espace qui sépare les tombes n’est pas un simple chemin, mais de véritables rues que les automobilistes empruntent pour échapper à la circulation des grands axes de la ville.

Accompagnée d’un des chercheurs de l’IDEO et d’un égyptien qui connaît bien les lieux, j’ai découvert un monde à part où des familles entières, pauvres, vivent parmi les enclos mortuaires et côtoient les morts dont ils gardent les tombes.

Si je n’ai pu trouver la tombe de Valentine de Saint-Point, j’ai tout de même pris connaissance de la particularité de ces lieux. Il serait intéressant, avec des informations complémentaires donnant le lieu exacte de la sépulture, de revenir lors de mon prochain séjour de recherche, et de me rendre au secteur du ministère de la santé qui gère en Égypte les enregistrements des enterrements.

L’Université Américaine du Caire et la librairie Rare Books

Mardi, mars 2nd, 2010

Je suis partie ce matin pour une journée complète à l’Université Américaine du Caire qui se situe à présent dans le « New Cairo », la ville nouvelle construite dans le désert pour désengorger la ville du Caire. J’ai longtemps hésité avant d’y aller car cela représente un investissement de temps (une journée complète), et d’argent : pour y aller, il faut prendre un bus spécial qui part du centre ville.

La journée commençait justement très mal puisqu’arrivée au centre ville, il me fut difficile de trouver où acheter le ticket – les gardes de l’ancien campus censés m’expliquer comment procéder étaient incapables de me donner une explication claire de l’endroit où me rendre. Ils ont fini par capituler en me faisant monter dans le bus et en me disant d’acheter le billet à mon arrivée !

Prenant place dans le bus, un peu énervée par ce problème de communication, je regrettais d’avoir décidé de me rendre à ce campus à l’autre bout du monde, pour subir de tels inconvénients. Pourtant, quelle incroyable rencontre ai-je faite ! Une dame qui s’était installée à côté de moi dans le bus passait des appels de son téléphone portable et je remarquai qu’elle parlait tantôt anglais, tantôt arabe, parfois français. J’engageai alors la conversation en lui expliquant que j’étais une doctorante française, faisant une thèse sur les femmes égyptiennes francophones… Cela l’intéressa particulièrement : elle était justement en train de lire un ouvrage de Robert Solé sur la passion française de l’Égypte. Mais le plus incroyable restait à venir : elle connaissait certaines femmes que j’étudie, et pour cause, elle est la fille de Doria Shafik !

Comment aurais-je pu un jour imaginer rencontrer la fille d’une des auteures de mon corpus de thèse, dans un bus qui mène à un campus à l’autre bout du Caire ? La fin du voyage fut plus agréable qu’il n’avait commencé : nous avons parlé de Doria Shafik, des études qui lui ont été consacrées, des poèmes inédits qui seront un jour publiés…

Cette dame, professeur de chimie à l’université du Caire, me donna ses coordonnées afin que nous puissions échanger sur le travail de sa mère, et les articles que je publierai un jour à ce sujet. Elle me permit en outre d’avoir un accès direct à la bibliothèque Rare Books, en contactant directement le doyen de l’endroit, lui exposant le sujet de mes recherches, me permettant ainsi d’éviter certaines formalités complexes pour accéder au service.

Au service « Rare Books », j’ai pu consulter un chariot entier de cartons d’archives d’Hoda Charaoui – certaines étant triées et classées, d’autres, pour la majorité, étant en vrac : des lettres, des brouillons, des discours, des numéros de l’Égyptienne… une véritable mine d’informations à condition d’avoir la patience de tout lire et trier. En une seule journée, j’ai pu prendre connaissance de la masse des archives pour comprendre d’où elles viennent et ce qu’elles concernent, sans entrer dans le détail des documents. Ce sera le travail de mon prochain séjour au Caire, car l’ensemble de ces papiers donnent des indications précieuses sur la vie d’Hoda Charaoui et ses relations intellectuelles et personnelles, qui permettraient de retracer une partie de sa biographie.

Quelques trouvailles ont déjà cependant stimulé mes recherches, dont le brouillon d’une lettre envoyée à Valentine de Saint-Point en 1924, c’est-à-dire l’année de son arrivée au Caire, témoignant de l’admiration d’Hoda pour le courage de Valentine en Égypte.

Dernière semaine

Lundi, mars 1st, 2010

Ma dernière semaine de travail au Caire commence, et avec elle le compte à rebours et l’emploi du temps chargé pour achever tout ce que j’ai prévu de faire avant mon retour. Je dois rencontrer plusieurs professeurs encore : l’une, spécialiste de littérature francophone égyptienne et d’Andrée Chédid, l’autre, responsable du centre de Gender studies à l’université américaine du Caire.

Ce matin, j’ai terminé de travailler à la bibliothèque de la Sainte Famille : j’y ai notamment trouvé un exemplaire (introuvable en France) de Une Mort de Valentine de Saint-Point. J’en ai donc fait une copie intégrale afin de le lire à mon retour en France.

J’ai ensuite passé l’après-midi à Zamalek où je me suis rendue d’abord à la librairie Livres de France, implantée sur l’île depuis un an. On y trouve de nombreux ouvrages en français sur la culture islamique et sur l’Égypte. J’y ai acheté un recueil de nouvelles arabes traduites en français (une édition bilingue qui va me permettre de parfaire ma connaissance de la langue arabe, tout en lisant des nouvelles). A Zamalek, j’ai également rendu visite à l’ancienne journaliste qui m’a renseignée sur Out-el-Kouloub et Amy Kher : j’ai passé un agréable moment à parler de la vie au Caire.

Ce soir, je vais assister avec une amie égyptienne à un spectacle de derwiches tourneurs dans le Khan el Khalili.

Revue « L’Égypte nouvelle »

Dimanche, février 7th, 2010

Terminée la revue Images ! Les tas de numéros sont retournés dans la réserve de la bibliothèque de l’IDEO. En échange, j’ai demandé au bibliothécaire de faire remonter à la surface tout ce que le magasin possède d’un périodique tout à fait différent, L’Égypte nouvelle, un hebdomadaire politique fondé par José Canéri en 1922.

Les numéros disponibles à l’IDEO commencent en 1942-43, puis reprennent en 1948. De ces tranches, j’ai déjà pu découvrir des collaborations de Valentine de Saint-Point :

  • le 23 décembre 1949, elle publie un conte de Noël dans le numéro 291 ;
  • dans les numéros 308 et 309, elle rend un hommage poétique à un danseur disparu, Nijinsky.

Si Hoda Charaoui (1879-1947) et l’Union féministe égyptienne occupaient de nombreuses pages d’Images, après la mort de sa fondatrice, le féminisme est davantage représenté par Doria Shafik. A partir des années d’après guerre, L’Égypte nouvelle est particulièrement favorable au mouvement « Bent-el-Nil » (Filles du Nil) fondé par D. Shafik (cf. photo ci dessous).

Valentine de Saint-Point, Amy Kher, Ahmed Rassim et la revue Images

Jeudi, février 4th, 2010

Reprenant ce matin mon travail de fouilles de la revue Images, feuilletant page après page les tas de l’hebdomadaire cairote, je fais petit à petit des trouvailles auxquelles je ne m’attendais pas : je découvre que Valentine de Saint-Point, Amy Kher ou encore Ahmed Rassim ont participé à cette revue.

En 1933 Valentine de Saint-Point a écrit deux longs articles pour la revue Images sur la condition féminine en Turquie :

  • Le premier article, intitulé « L’Ombre des désenchantées », paru dans le numéro 207, est un « pèlerinage littéraire ». Il commence ainsi : « Un voyage en Turquie nouvelle, Turquie sans voile ni fez, pleine d’activité, en reconstruction continuelle dans tous les domaines, peut-il n’être pas , quand même, un pèlerinage littéraire, un pèlerinage passionné ? »
  • Le second article, intitulé « Femmes turques d’aujourd’hui et de demain », est un bilan du statut de la femme ayant obtenu des droits en Turquie, ainsi qu’un entretien avec les fondatrices des mouvements d’émancipation. Il est paru dans le numéro 211.

Amy Kher fait partie des figures féminines récurrentes d’Images car elle tenait un salon littéraire, et organisait de nombreuses rencontres. La rubrique Mondanités est structurée par les annonces de soirées qu’Amy Kher ou son mari donnaient, mais aussi par celles de la réussite des études de leurs fils en Suisse. La revue rend compte par ailleurs de certaines conférences données par Amy Kher : dans le numéro 179, on apprend par exemple qu’elle a prononcé un discours au sujet de « Zénobie, Reine de Palmyre, et Julia, Impératrice romaine », au Cercle Catholique de la jeunesse syrienne. Amy Kher a également participé à la revue en rédigeant elle-même quelques articles.