Archive for the ‘Contacts’ Category

Collection privée de Gabriel Boctor, fondateur d’Images

jeudi, mars 4th, 2010

J’ai rencontré le fils de Gabriel Boctor, fondateur de la revue Images : il m’a reçue chez lui avec beaucoup de sympathie, non seulement pour m’expliquer les conditions de création de la revue par son père, mais aussi pour me donner accès aux ouvrages formant la bibliothèque familiale.

Ainsi, m’a-t-il appris que la revue Images s’est inspirée d’El Mussawar (مصور) qui signifie « le photographe » en langue arabe), un journal publié à la même époque en arabe, qui avait la particularité de présenter l’actualité par le recours à la photographie. Les créateurs d’Images désiraient faire un « Mussawar » égyptien francophone.

J’ai retrouvé un numéro de cette revue arabe, datant de la mort de Sadaat : même si ce numéro est bien postérieur aux années de création d’Images, on comprend l’importance de la photographie dans la charte éditoriale. Sur un site internet, on voit une couverture plus ancienne, du journal arabe, consacrée à Saad Zaghloul.

Le fils de Gabriel Boctor m’a également donné accès à la bibliothèque de son père : on y trouve une grande majorité des numéros de la revue Images (des années 1951 à 1969), ainsi que des ouvrages (parfois dédicacés) d’Amy Kher, Ahmed Rassim, Doria Shafik, Nelly Vaucher-Zananiri, Marie Cavadia, René Guénon, Jérôme et Jean Tharaud… c’est-à-dire de tout ce monde intellectuel et artistique qui constitue le soubassement de mes recherches. Je n’ai pas eu le temps nécessaire pour consulter tous les ouvrages, mais j’ai établi une liste de ceux qui m’intéressent, que j’espère pouvoir lire lors de mon prochain séjour au Caire, إِن شَاء اللّٰه Inch’allah !

http://www.flickr.com/photos/96884693@N00/3528120409/

L’Université Américaine du Caire et la librairie Rare Books

mardi, mars 2nd, 2010

Je suis partie ce matin pour une journée complète à l’Université Américaine du Caire qui se situe à présent dans le « New Cairo », la ville nouvelle construite dans le désert pour désengorger la ville du Caire. J’ai longtemps hésité avant d’y aller car cela représente un investissement de temps (une journée complète), et d’argent : pour y aller, il faut prendre un bus spécial qui part du centre ville.

La journée commençait justement très mal puisqu’arrivée au centre ville, il me fut difficile de trouver où acheter le ticket – les gardes de l’ancien campus censés m’expliquer comment procéder étaient incapables de me donner une explication claire de l’endroit où me rendre. Ils ont fini par capituler en me faisant monter dans le bus et en me disant d’acheter le billet à mon arrivée !

Prenant place dans le bus, un peu énervée par ce problème de communication, je regrettais d’avoir décidé de me rendre à ce campus à l’autre bout du monde, pour subir de tels inconvénients. Pourtant, quelle incroyable rencontre ai-je faite ! Une dame qui s’était installée à côté de moi dans le bus passait des appels de son téléphone portable et je remarquai qu’elle parlait tantôt anglais, tantôt arabe, parfois français. J’engageai alors la conversation en lui expliquant que j’étais une doctorante française, faisant une thèse sur les femmes égyptiennes francophones… Cela l’intéressa particulièrement : elle était justement en train de lire un ouvrage de Robert Solé sur la passion française de l’Égypte. Mais le plus incroyable restait à venir : elle connaissait certaines femmes que j’étudie, et pour cause, elle est la fille de Doria Shafik !

Comment aurais-je pu un jour imaginer rencontrer la fille d’une des auteures de mon corpus de thèse, dans un bus qui mène à un campus à l’autre bout du Caire ? La fin du voyage fut plus agréable qu’il n’avait commencé : nous avons parlé de Doria Shafik, des études qui lui ont été consacrées, des poèmes inédits qui seront un jour publiés…

Cette dame, professeur de chimie à l’université du Caire, me donna ses coordonnées afin que nous puissions échanger sur le travail de sa mère, et les articles que je publierai un jour à ce sujet. Elle me permit en outre d’avoir un accès direct à la bibliothèque Rare Books, en contactant directement le doyen de l’endroit, lui exposant le sujet de mes recherches, me permettant ainsi d’éviter certaines formalités complexes pour accéder au service.

Au service « Rare Books », j’ai pu consulter un chariot entier de cartons d’archives d’Hoda Charaoui – certaines étant triées et classées, d’autres, pour la majorité, étant en vrac : des lettres, des brouillons, des discours, des numéros de l’Égyptienne… une véritable mine d’informations à condition d’avoir la patience de tout lire et trier. En une seule journée, j’ai pu prendre connaissance de la masse des archives pour comprendre d’où elles viennent et ce qu’elles concernent, sans entrer dans le détail des documents. Ce sera le travail de mon prochain séjour au Caire, car l’ensemble de ces papiers donnent des indications précieuses sur la vie d’Hoda Charaoui et ses relations intellectuelles et personnelles, qui permettraient de retracer une partie de sa biographie.

Quelques trouvailles ont déjà cependant stimulé mes recherches, dont le brouillon d’une lettre envoyée à Valentine de Saint-Point en 1924, c’est-à-dire l’année de son arrivée au Caire, témoignant de l’admiration d’Hoda pour le courage de Valentine en Égypte.

Dernière semaine

lundi, mars 1st, 2010

Ma dernière semaine de travail au Caire commence, et avec elle le compte à rebours et l’emploi du temps chargé pour achever tout ce que j’ai prévu de faire avant mon retour. Je dois rencontrer plusieurs professeurs encore : l’une, spécialiste de littérature francophone égyptienne et d’Andrée Chédid, l’autre, responsable du centre de Gender studies à l’université américaine du Caire.

Ce matin, j’ai terminé de travailler à la bibliothèque de la Sainte Famille : j’y ai notamment trouvé un exemplaire (introuvable en France) de Une Mort de Valentine de Saint-Point. J’en ai donc fait une copie intégrale afin de le lire à mon retour en France.

J’ai ensuite passé l’après-midi à Zamalek où je me suis rendue d’abord à la librairie Livres de France, implantée sur l’île depuis un an. On y trouve de nombreux ouvrages en français sur la culture islamique et sur l’Égypte. J’y ai acheté un recueil de nouvelles arabes traduites en français (une édition bilingue qui va me permettre de parfaire ma connaissance de la langue arabe, tout en lisant des nouvelles). A Zamalek, j’ai également rendu visite à l’ancienne journaliste qui m’a renseignée sur Out-el-Kouloub et Amy Kher : j’ai passé un agréable moment à parler de la vie au Caire.

Ce soir, je vais assister avec une amie égyptienne à un spectacle de derwiches tourneurs dans le Khan el Khalili.

Archives concernant Hoda Charaoui

samedi, février 20th, 2010

Grâce au petit-fils d’Hoda Charaoui que j’ai rencontré la semaine dernière, j’ai pu obtenir les coordonnées de la personne qui possède certaines des archives concernant la fondatrice de l’Union Féministe d’Égypte. Il s’agit du fils de celui qui fut à la fois son secrétaire et son fils spirituel, à qui elle confia le soin de rédiger ses mémoires après sa mort, lorsqu’il le jugerait opportun.

Le fils de cet ancien secrétaire est aujourd’hui antiquaire, comme l’était son père à partir de 1963, après avoir travaillé avec Hoda Charaoui. Il possède les brouillons des mémoires que son père commença à rédiger au début des années 1950. D’après son fils, sous les années Nasser, le secrétaire cessa son activité de rédaction, pour les reprendre ensuite sous Sadat, l’histoire de l’écriture de ces mémoires suivant ainsi les aléas de l’histoire politique égyptienne.

Finalement, ces mémoires furent publiés en plusieurs livraisons, dans le journal Rosal Youssef au début des années 1980. J’ai rendez-vous la semaine prochaine avec la fille du secrétaire (la sœur de la personne que j’ai rencontrée aujourd’hui) car elle possède encore des exemplaires du journal où furent publiés ces mémoires.

Cairo women’s club

mardi, février 16th, 2010

Il y a quelques jours, je découvrais qu’un club de femmes du Caire se tenait près du 48 rue Kasr-el-Nil où Doria Shafik avait fondé son propre mouvement féministe. Ayant réussi à contacter ce club par téléphone, j’ai obtenu un rendez-vous avec la présidente (anglophone), Mme Fatma Muslemany.

Ce club n’a en fait aucun lien avec le mouvement de Doria Shafik : les membres ignorent d’ailleurs qu’à ce même endroit fut fondé Bent-el-Nil. Il n’a rien d’un mouvement féministe, il s’agit d’un groupe de femmes qui se réunissent (tous les lundis) dans le but d’entretenir des relations culturelles et amicales avec les femmes qui visitent l’Égypte ; mais il a aussi pour objectif de prendre soin de la famille, de l’enfance et de la maternité, par des actions d’aide sociale dans le milieu rural.

J’ai profité de ma présence dans le centre-ville pour me rendre sur les lieux où habitaient les auteures que j’étudie :

  • au 2 et au 9 Kasr el Nil, où était le palais d’Hoda Charaoui, il ne reste aujourd’hui d’un grand garage de voitures. Le numéro « 9 » ne fait même plus partie de la rue.
  • au 8 rue Talat Harb, où habitait Amy Kher : l’immeuble est toujours un lieu d’habitation, mais on n’a pas voulu m’y laisser entrer.
  • au 27 rue Hoda Charaoui, où habitait Nelly Vaucher Zananiri.
  • au 153 rue El-Tahrir où habitait Out-el-Kouloub, et où elle faisait de grandes réceptions.
  • au 23 rue Kasr el Nil où fut fondée la revue La Semaine égyptienne.

Trésors de Zamalek

dimanche, février 14th, 2010

Je viens de passer plusieurs jours à me rendre sur l’île de Zamalek qui se situe sur le Nil.

Ce quartier résidentiel du Caire était le foyer du développement intellectuel des années 1920 à 1960.

J’ai donc sillonné les rues pour m’imprégner du calme qui y règne et essayer d’imaginer Marie Cavadia, qui résidait dans la rue El Mansour Mohamed.

La rue Hassan Sabri Pacha quant à elle était celle qui abritait la revue de La Semaine égyptienne.

A Zamalek, j’ai également pu rencontrer un des descendants d’Hoda Charaoui qui a bien voulu me voir et me parler d’elle, même s’il ne l’a pas connue, et m’aiguiller sur la manière de trouver quelques archives peut-être encore disponibles.

Ce type de rencontres peut parfois mener loin, tout près des auteures que je ne lis d’habitude que sur papier. Une ancienne journaliste, aujourd’hui retraitée, m’a accordée sa confiance pour me raconter avec détails les souvenirs qu’elle a encore d’Out-el-Kouloub puisqu’elle assista, avec ses parents et sa soeur, à de nombreux diners mondains donnés par l’auteure de Zanouba, de Ramza, et du Coffret hindou, et se remémore encore les qualités qu’elle avait pour recevoir le milieu intellectuel et artistique dans son beau palais du centre-ville. Cette journaliste connut également Amy Kher, dont elle me donna quelques détails sur la vie mondaine.

Milieux intellectuels du centre-ville du Caire

mercredi, février 10th, 2010

Ma première journée dans le centre-ville, que l’on appelle ici le « Downtown », m’a permis de découvrir plusieurs endroits majeurs du milieu intellectuel cairote du début du vingtième siècle.

48 rue Qasr el Nil

En effet, en marchant rue la grande rue Qasr el Nil, j’ai pu pénétrer dans une petite cour intérieure au n°48, qui était le repère du mouvement féministe « Bent-el-Nil » de Doria Shafik dans les années 1940. Les numéros de la revue « La Femme Nouvelle » indiquent que l’administration était basée à cette adresse. Aujourd’hui, en cherchant un peu, dissimulée au fond de la cour, il existe un  « Cairo women’s club », dont j’ai pu obtenir le numéro de téléphone par le gardien de l’immeuble.

Non loin de là, se trouve le CEDEJ, « Centre d’Études et de Documentation Économiques, Juridiques et Sociales » dont la bibliothèque était exceptionnellement fermée à mon arrivée. Il faut savoir compter avec ce genre d’aléas : pour profiter au mieux de ce lieu francophone qui est un pôle majeur de recherche, j’ai tout de même tenté d’entrer en contact avec des chercheurs qui travailleraient dans le même domaine que moi. Justement, une post-doctorante en sociologie était présente, qui travaille sur les gender studies et l’espace urbain. Nous avons pu échanger pendant un long moment sur la question des femmes en Egypte, et ses conseils, remarques et indications bibliographique vont m’être d’une grande utilité. Elle m’a notamment orientée sur des références d’ouvrages de critique gender rédigés par des chercheurs anglophones tels que Miriam Cooke, Margot Badran, Leila Ahmed, Beth Baron, Maryline Booth, ou Joseph Zeidan. Cette rencontre inattendue a donc été profitable pour approfondir ma bibliographie critique.

Pour finir la journée, j’avais rendez-vous avec un intellectuel égyptien dont l’éclectisme des réflexions a permis d’aborder tout autant des interrogations culturelles, littéraires, que des problèmes de méthodologie de recherche. Il fut d’autant plus plaisant de bavarder avec lui que nous étions dans le repère de « l’Atelier du Caire » , célèbre club où se réunissent les penseurs et intellectuels arabophones, francophones comme anglophones du Caire. Quelques minutes avant mon départ, une lecture de théâtre arabe contemporain commençait justement en présence de son auteur…

Entre deux rencontres, j’ai visité quelques rues du Caire, dans le quartier du Midan Opera, dont voici une photographie.

Rencontres

lundi, février 8th, 2010

Aujourd’hui, mes mains n’ont que vainement été poussiéreuses. A l’IDEO puis à la Ste Famille, j’ai épluché plus de 150 numéros de l’Egypte Nouvelle, couvrant ainsi plusieurs années d’informations… mais rien de fructueux, aucune pépite insoupçonnée. J’ai tout de même fait connaissance avec de nouveaux périodiques : Le Magazine égyptien, Goha, La Revue du Monde égyptien. Quelques articles d’Amy Kher dans La Semaine égyptienne, mais rien de concluant dans les années explorées. C’est que le mouvement féministe s’est un jour essoufflé ; c’est que les intellectuelles dont j’étudie les oeuvres ont un jour disparu. J’ai justement réussi à trouver sur une carte la localisation du cimetière où est enterrée Valentine de Saint-Point. C’est donc là-bas qu’il faudra que j’aille trouver une trace d’elle, si elle existe encore.

Mais les rencontres les plus intéressantes sont humaines et restent à venir : aujourd’hui, j’ai réussi à établir le contact avec un professeur de littérature comparée du Caire qui accepte de me rencontrer cette semaine pour échanger sur mes recherches, et qui pourra certainement m’aiguiller pour entrer en relation avec des professeurs spécialistes des gender studies. J’ai également réussi à obtenir les coordonnées d’une personne qui serait de la famille proche d’Hoda Charaoui, la grande Dame du féminisme égyptien des années 1930, que je croise sans cesse dans Images.