L’Université Américaine du Caire et la librairie Rare Books

Je suis partie ce matin pour une journée complète à l’Université Américaine du Caire qui se situe à présent dans le « New Cairo », la ville nouvelle construite dans le désert pour désengorger la ville du Caire. J’ai longtemps hésité avant d’y aller car cela représente un investissement de temps (une journée complète), et d’argent : pour y aller, il faut prendre un bus spécial qui part du centre ville.

La journée commençait justement très mal puisqu’arrivée au centre ville, il me fut difficile de trouver où acheter le ticket – les gardes de l’ancien campus censés m’expliquer comment procéder étaient incapables de me donner une explication claire de l’endroit où me rendre. Ils ont fini par capituler en me faisant monter dans le bus et en me disant d’acheter le billet à mon arrivée !

Prenant place dans le bus, un peu énervée par ce problème de communication, je regrettais d’avoir décidé de me rendre à ce campus à l’autre bout du monde, pour subir de tels inconvénients. Pourtant, quelle incroyable rencontre ai-je faite ! Une dame qui s’était installée à côté de moi dans le bus passait des appels de son téléphone portable et je remarquai qu’elle parlait tantôt anglais, tantôt arabe, parfois français. J’engageai alors la conversation en lui expliquant que j’étais une doctorante française, faisant une thèse sur les femmes égyptiennes francophones… Cela l’intéressa particulièrement : elle était justement en train de lire un ouvrage de Robert Solé sur la passion française de l’Égypte. Mais le plus incroyable restait à venir : elle connaissait certaines femmes que j’étudie, et pour cause, elle est la fille de Doria Shafik !

Comment aurais-je pu un jour imaginer rencontrer la fille d’une des auteures de mon corpus de thèse, dans un bus qui mène à un campus à l’autre bout du Caire ? La fin du voyage fut plus agréable qu’il n’avait commencé : nous avons parlé de Doria Shafik, des études qui lui ont été consacrées, des poèmes inédits qui seront un jour publiés…

Cette dame, professeur de chimie à l’université du Caire, me donna ses coordonnées afin que nous puissions échanger sur le travail de sa mère, et les articles que je publierai un jour à ce sujet. Elle me permit en outre d’avoir un accès direct à la bibliothèque Rare Books, en contactant directement le doyen de l’endroit, lui exposant le sujet de mes recherches, me permettant ainsi d’éviter certaines formalités complexes pour accéder au service.

Au service « Rare Books », j’ai pu consulter un chariot entier de cartons d’archives d’Hoda Charaoui – certaines étant triées et classées, d’autres, pour la majorité, étant en vrac : des lettres, des brouillons, des discours, des numéros de l’Égyptienne… une véritable mine d’informations à condition d’avoir la patience de tout lire et trier. En une seule journée, j’ai pu prendre connaissance de la masse des archives pour comprendre d’où elles viennent et ce qu’elles concernent, sans entrer dans le détail des documents. Ce sera le travail de mon prochain séjour au Caire, car l’ensemble de ces papiers donnent des indications précieuses sur la vie d’Hoda Charaoui et ses relations intellectuelles et personnelles, qui permettraient de retracer une partie de sa biographie.

Quelques trouvailles ont déjà cependant stimulé mes recherches, dont le brouillon d’une lettre envoyée à Valentine de Saint-Point en 1924, c’est-à-dire l’année de son arrivée au Caire, témoignant de l’admiration d’Hoda pour le courage de Valentine en Égypte.

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