« La Caverne de L.*** »

février 17th, 2010

J’ai pénétré dans la caverne de L.***, comme l’appelle lui-même le propriétaire de cette bouquinerie. Faut-il en effet dire bouquinerie quand les livres sont dans chaque recoin de la maison de ce passionné de livres anciens et de gravures ? J’ai été accueillie avec une grande sympathie. La première étape a consisté à me faire visiter les lieux et à m’expliquer le classement des ouvrages. Il y en a tellement, en français pour la très grande majorité, en anglais également ; des ouvrages littéraires, des ouvrages critiques, des revues ; sur le tourisme, sur l’histoire… tout semble être contenu dans ces rayonnages. Il faut vingt minutes pour prendre connaissance des lieux et du propriétaire, après quoi j’ai travaillé pendant plus de quatre heures, montant et descendant le petit escabeau, à fouiller chaque étagère de livres pour essayer de dénicher le livre insoupçonné.

Finalement, j’ai pu repartir avec un exemplaire de Harem d’Out-el-Kouloub, le recueil La Couronne de Violettes de Josée Sékaly, et plusieurs numéros de la revue L’Égyptienne qui contiennent des photographies et/ou des articles de Jehan d’Ivray ou Amy Kher.

Cette visite aura également été l’occasion de prendre pour la première fois le métro du Caire, un moyen de transports sûr, efficace et très économique.

Cairo women’s club

février 16th, 2010

Il y a quelques jours, je découvrais qu’un club de femmes du Caire se tenait près du 48 rue Kasr-el-Nil où Doria Shafik avait fondé son propre mouvement féministe. Ayant réussi à contacter ce club par téléphone, j’ai obtenu un rendez-vous avec la présidente (anglophone), Mme Fatma Muslemany.

Ce club n’a en fait aucun lien avec le mouvement de Doria Shafik : les membres ignorent d’ailleurs qu’à ce même endroit fut fondé Bent-el-Nil. Il n’a rien d’un mouvement féministe, il s’agit d’un groupe de femmes qui se réunissent (tous les lundis) dans le but d’entretenir des relations culturelles et amicales avec les femmes qui visitent l’Égypte ; mais il a aussi pour objectif de prendre soin de la famille, de l’enfance et de la maternité, par des actions d’aide sociale dans le milieu rural.

J’ai profité de ma présence dans le centre-ville pour me rendre sur les lieux où habitaient les auteures que j’étudie :

  • au 2 et au 9 Kasr el Nil, où était le palais d’Hoda Charaoui, il ne reste aujourd’hui d’un grand garage de voitures. Le numéro « 9 » ne fait même plus partie de la rue.
  • au 8 rue Talat Harb, où habitait Amy Kher : l’immeuble est toujours un lieu d’habitation, mais on n’a pas voulu m’y laisser entrer.
  • au 27 rue Hoda Charaoui, où habitait Nelly Vaucher Zananiri.
  • au 153 rue El-Tahrir où habitait Out-el-Kouloub, et où elle faisait de grandes réceptions.
  • au 23 rue Kasr el Nil où fut fondée la revue La Semaine égyptienne.

La Revue du Caire

février 16th, 2010

J’ai entrepris ce matin de parcourir La Revue du Caire puisque la bibliothèque de l’IDEO possède l’intégralité de ses volumes. Fondée avant la seconde guerre mondiale par le directeur Mohammed Zulficar Bey, La Revue du Caire est la section égyptienne de « l’organe de l’association internationale des écrivains de langue française ». Le premier numéro paraît en avril 1938, avec des articles d’Henri Guillemin, Ahmed Rassim, Taha Hussein, mais aussi un certain nombre de femmes de mon corpus de recherche : Marie Cavadia (dont le nom d’épouse est Mme Mamdouh Riaz), Nelly Vaucher-Zananiri, ou encore Out-el-Kouloub.

Le premier numéro débute par une déclaration expliquant la raison de la naissance de cette revue en langue française, il s’agit d’une véritable allégeance à la culture française : Il ne faut pas oublier que la première langue étrangère qui fut parlée en Égypte et dans laquelle apprit à penser une élite égyptienne, est la langue française.

Le numéro 29 publie une analyse du dernier ouvrage paru d’Out-el-Kouloub, les Trois Contes de l’amour et de la mort par Gaston Wiet, qui en fait un véritable éloge.

J’ai travaillé sur les 30 premiers numéros de la revue pour prendre connaissance de la matière traitée, du ton et de la qualité des articles. Je pourrai poursuivre cette analyse en France dans la mesure où la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris possède les numéros suivants de la revue.

Trésors de Zamalek

février 14th, 2010

Je viens de passer plusieurs jours à me rendre sur l’île de Zamalek qui se situe sur le Nil.

Ce quartier résidentiel du Caire était le foyer du développement intellectuel des années 1920 à 1960.

J’ai donc sillonné les rues pour m’imprégner du calme qui y règne et essayer d’imaginer Marie Cavadia, qui résidait dans la rue El Mansour Mohamed.

La rue Hassan Sabri Pacha quant à elle était celle qui abritait la revue de La Semaine égyptienne.

A Zamalek, j’ai également pu rencontrer un des descendants d’Hoda Charaoui qui a bien voulu me voir et me parler d’elle, même s’il ne l’a pas connue, et m’aiguiller sur la manière de trouver quelques archives peut-être encore disponibles.

Ce type de rencontres peut parfois mener loin, tout près des auteures que je ne lis d’habitude que sur papier. Une ancienne journaliste, aujourd’hui retraitée, m’a accordée sa confiance pour me raconter avec détails les souvenirs qu’elle a encore d’Out-el-Kouloub puisqu’elle assista, avec ses parents et sa soeur, à de nombreux diners mondains donnés par l’auteure de Zanouba, de Ramza, et du Coffret hindou, et se remémore encore les qualités qu’elle avait pour recevoir le milieu intellectuel et artistique dans son beau palais du centre-ville. Cette journaliste connut également Amy Kher, dont elle me donna quelques détails sur la vie mondaine.

Diversité des revues et des lieux d’édition

février 11th, 2010

Ce tableau récapitule les premiers éléments de ma recherche en revues. Je l’ai conçu à partir de l’ensemble des articles que j’ai déjà consultés, de telle sorte qu’il permette une vision globale et chronologique de la parution des périodiques francophones du Caire dans la première moitié du 20ème siècle.

Nom de la revue Dates de parution Adresse Dirigeant / fondateur
La Bourse égyptienne 1898 – 1962
Revue du monde égyptien 1920 – 1923 8 rue Cheikh Aboul-Seban Marius Schemeil : fondateur Raymond Schemeil : directeur
L’Égypte nouvelle 1921 – 1926 1922 – 1926

1941 – 1956

59 avenue de la Reine Nazli José Canéri
L’Égyptienne 1925 – 1940 9 puis 2 rue Kasr-el-Nil Hoda Charaoui
Le Phœnix 1925 – 1927 Valentine de Saint-Point
Le Magazine égyptien 1925 – 1926 35 rue Madabegh
La Semaine égyptienne 1926 – 1948 23 rue Kasr el Nil Stavrinos
Le Rayon 1928 – 1957
Images 1929 – 1969 Immeuble Al Hilal, rue Amir Kadadar (en face du numéro 4 de la rue Koubri Kasr el Nil) Habib Jamati – Maison d’édition Dar-el-Hilal
Goha 1931 – 1933 22 rue Manakh Georges Dumani
La Revue du Caire 1938 – 1961 Gaston Wiet
La Femme Nouvelle 1947 – 1953 48 rue Kasr el Nil Doria Shafik

Milieux intellectuels du centre-ville du Caire

février 10th, 2010

Ma première journée dans le centre-ville, que l’on appelle ici le « Downtown », m’a permis de découvrir plusieurs endroits majeurs du milieu intellectuel cairote du début du vingtième siècle.

48 rue Qasr el Nil

En effet, en marchant rue la grande rue Qasr el Nil, j’ai pu pénétrer dans une petite cour intérieure au n°48, qui était le repère du mouvement féministe « Bent-el-Nil » de Doria Shafik dans les années 1940. Les numéros de la revue « La Femme Nouvelle » indiquent que l’administration était basée à cette adresse. Aujourd’hui, en cherchant un peu, dissimulée au fond de la cour, il existe un  « Cairo women’s club », dont j’ai pu obtenir le numéro de téléphone par le gardien de l’immeuble.

Non loin de là, se trouve le CEDEJ, « Centre d’Études et de Documentation Économiques, Juridiques et Sociales » dont la bibliothèque était exceptionnellement fermée à mon arrivée. Il faut savoir compter avec ce genre d’aléas : pour profiter au mieux de ce lieu francophone qui est un pôle majeur de recherche, j’ai tout de même tenté d’entrer en contact avec des chercheurs qui travailleraient dans le même domaine que moi. Justement, une post-doctorante en sociologie était présente, qui travaille sur les gender studies et l’espace urbain. Nous avons pu échanger pendant un long moment sur la question des femmes en Egypte, et ses conseils, remarques et indications bibliographique vont m’être d’une grande utilité. Elle m’a notamment orientée sur des références d’ouvrages de critique gender rédigés par des chercheurs anglophones tels que Miriam Cooke, Margot Badran, Leila Ahmed, Beth Baron, Maryline Booth, ou Joseph Zeidan. Cette rencontre inattendue a donc été profitable pour approfondir ma bibliographie critique.

Pour finir la journée, j’avais rendez-vous avec un intellectuel égyptien dont l’éclectisme des réflexions a permis d’aborder tout autant des interrogations culturelles, littéraires, que des problèmes de méthodologie de recherche. Il fut d’autant plus plaisant de bavarder avec lui que nous étions dans le repère de « l’Atelier du Caire » , célèbre club où se réunissent les penseurs et intellectuels arabophones, francophones comme anglophones du Caire. Quelques minutes avant mon départ, une lecture de théâtre arabe contemporain commençait justement en présence de son auteur…

Entre deux rencontres, j’ai visité quelques rues du Caire, dans le quartier du Midan Opera, dont voici une photographie.

Quelques photos

février 9th, 2010

Palmier de l'IDEOVoici quelques photos prises dans le jardin de l’IDEO hier matin.

Rencontres

février 8th, 2010

Aujourd’hui, mes mains n’ont que vainement été poussiéreuses. A l’IDEO puis à la Ste Famille, j’ai épluché plus de 150 numéros de l’Egypte Nouvelle, couvrant ainsi plusieurs années d’informations… mais rien de fructueux, aucune pépite insoupçonnée. J’ai tout de même fait connaissance avec de nouveaux périodiques : Le Magazine égyptien, Goha, La Revue du Monde égyptien. Quelques articles d’Amy Kher dans La Semaine égyptienne, mais rien de concluant dans les années explorées. C’est que le mouvement féministe s’est un jour essoufflé ; c’est que les intellectuelles dont j’étudie les oeuvres ont un jour disparu. J’ai justement réussi à trouver sur une carte la localisation du cimetière où est enterrée Valentine de Saint-Point. C’est donc là-bas qu’il faudra que j’aille trouver une trace d’elle, si elle existe encore.

Mais les rencontres les plus intéressantes sont humaines et restent à venir : aujourd’hui, j’ai réussi à établir le contact avec un professeur de littérature comparée du Caire qui accepte de me rencontrer cette semaine pour échanger sur mes recherches, et qui pourra certainement m’aiguiller pour entrer en relation avec des professeurs spécialistes des gender studies. J’ai également réussi à obtenir les coordonnées d’une personne qui serait de la famille proche d’Hoda Charaoui, la grande Dame du féminisme égyptien des années 1930, que je croise sans cesse dans Images.

Revue « L’Égypte nouvelle »

février 7th, 2010

Terminée la revue Images ! Les tas de numéros sont retournés dans la réserve de la bibliothèque de l’IDEO. En échange, j’ai demandé au bibliothécaire de faire remonter à la surface tout ce que le magasin possède d’un périodique tout à fait différent, L’Égypte nouvelle, un hebdomadaire politique fondé par José Canéri en 1922.

Les numéros disponibles à l’IDEO commencent en 1942-43, puis reprennent en 1948. De ces tranches, j’ai déjà pu découvrir des collaborations de Valentine de Saint-Point :

  • le 23 décembre 1949, elle publie un conte de Noël dans le numéro 291 ;
  • dans les numéros 308 et 309, elle rend un hommage poétique à un danseur disparu, Nijinsky.

Si Hoda Charaoui (1879-1947) et l’Union féministe égyptienne occupaient de nombreuses pages d’Images, après la mort de sa fondatrice, le féminisme est davantage représenté par Doria Shafik. A partir des années d’après guerre, L’Égypte nouvelle est particulièrement favorable au mouvement « Bent-el-Nil » (Filles du Nil) fondé par D. Shafik (cf. photo ci dessous).

Evolution de la revue Images entre 1939 et 1949

février 6th, 2010
  • Il me restait aujourd’hui deux gros volumes de la revue Images à lire à l’IDEO. Il s’agit de numéros allant d’août 1946 à 1949, et je n’ai pu trouver que des peu d’indications intéressantes par rapport aux numéros des années précédentes qui ont été une mine d’informations. De ce constat, on peut déduire que la revue évolue considérablement entre 1929 et 1949. D’abord consacrée à la vie culturelle mondaine francophone du Caire, elle tend progressivement à s’ouvrir à l’international ; le récit des rencontres faites lors des après-midis à prendre le thé chez telle personnalité locale, sont remplacées petit à petit par les chroniques sur les grands acteurs hollywoodiens, ou sur les égyptiens partis vivre aux États-Unis. De plus, tandis que, pendant les quinze premières années de sa parution, elle se consacre aux louanges des relations franco-égyptiennes, à partir du second conflit mondial, Images s’attache à problématiser le rapport à l’étranger (c’est le cas par exemple d’un article qui relate les problèmes rencontrés par les ressortissants français pour faire renouveler leur passeport).
  • S’il fallait dresser un premier bilan rapide du feuilletage systématique d’Images… : des groupes intellectuels se dessinent comme celui des Essayistes, celui des Amis de ma Culture française en Égypte, qui organisait ses « 6 à 7 », ou encore les rassemblements féministes ; animés par des des personnalités dont la récurrence dans la revue laisse deviner leur influence (Amy Kher, Nelly Vaucher-Zananiri, Hoda Charaoui). Il s’agit d’un journal qui, sans se revendiquer lui-même féministe, offre une tribune aux femmes à qui il laisse la parole et dont il parle beaucoup – que ce soit à travers la rubrique « la femme moderne » qui donne des conseils de beauté, ou par la publication de poèmes de femmes artistes. En outre, la revue relate les avancées du droit des femmes en Egypte ou dans d’autres pays comme la Turquie, qui semble être un modèle, ou les Etats-Unis (en évoquant par exemple l’accès des femmes à la conduite automobile dans le numéro 112). Que ce soit par des petites anecdotes ou par des articles plus documentés, la femme existe dans Images.