D’Afrique et d’Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècle)

Ouvrage publié en ligne dans la Revue Viatica

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Dès les débuts du XIXe siècle, le développement de nouveaux moyens de transport, associé à certaines velléités coloniales, ainsi qu’à un désir de découverte de pays nouveaux, conduit des Européens et des Européennes, scientifiques, explorateurs, artistes ainsi qu’écrivains, à se rendre dans des pays d’Afrique et d’Orient. Liés à des contextes culturels et politiques différents, les motifs de voyage sur ces terres sont divers, mais ont en commun d’avoir suscité une littérature relatant le voyage et d’avoir conduit à faire connaître, fût-ce parfois en véhiculant de nombreux préjugés, des aires culturelles particulièrement éloignées, géographiquement autant que culturellement. Si Chateaubriand, Nerval, Lamartine, Conrad ou Gide ont été consacrés comme écrivains-voyageurs par l’histoire littéraire, des voyageuses européennes comme Flora Tristan, Louise Colet, Valérie de Gasparin ou encore Lucie Duff-Gordon, sortent progressivement du relatif oubli dans lequel leurs œuvres avaient été laissées durant des décennies.

Les récits de voyage de femmes font en effet depuis plusieurs décennies l’objet d’une redécouverte progressive. En France, les travaux pionniers de Bénédicte Monicat et de Sarga Moussa1 ont exploré un terrain alors en friche dans les années 1990, pendant que Sara Mills proposait une analyse des récits de voyage croisant des perspectives postcoloniale et féministe. Désenclavant de fait les textes de femmes voyageuses, ces approches ont ouvert la voie à des recherches nouvelles, menées par Vassiliki Lalagianni, Renée Champion, ou Marie-Élise Palmier-Chatelain et Pauline Lavagne d’Ortigue. Plus récemment, les ouvrages collectifs dirigés par Nicolas Bourguinat et le numéro de la revue Clio consacré aux « Voyageuses » en 2008 ont également stimulé ce champ de recherches. En outre, la réédition de récits de voyage rédigés par des femmes contribue à jeter un regard nouveau sur ces écrivaines longtemps oubliées, passées sous silence par une histoire littéraire minorant l’intérêt de leur point de vue, ou les assignant à un regard « féminin ». Une réflexion a ainsi été menée au sujet des récits de voyage de femmes voyageant dans un contexte colonial ou non, seules ou en couple, en fonction d’une série de questionnements rendus possibles par l’apport des études postcoloniales et des études féministes puis de genre. Les récents ouvrages Voyageuses européennes au XIXe siècle et Femmes d’extérieur. Les déplacements féminins dans la littérature et les relations de voyage, sont de précieux exemples de la dynamique de redécouverte, dans lequel s’inscrit le présent volume.

Les onze études réunies dans D’Afrique et d’Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe – XXIe siècles) se proposent d’explorer les liens établis par les auteures, à travers le voyage, avec différentes formes d’altérité. Diverses attitudes prévalent, démontrant, s’il le faut encore, que les récits écrits par des femmes ne sont nullement réductibles à une « essence » féminine : une forme d’empathie pour les peuples colonisés et un désir de défendre les opprimé(e)s côtoient une attitude colonialiste, tandis que certaines voyageuses cherchent à adopter, au moins de façon apparente, une certaine neutralité de ton.